Une consultante trie des certificats de brevets internationaux sur un bureau éclairé.
Publié le 30 octobre 2026

Un portefeuille de brevets, marques et dessins constitué au fil des années finit souvent par cumuler des titres hétérogènes, répartis sur plusieurs juridictions, avec des échéances d’annuités qui se succèdent sans logique d’ensemble. Pour un dirigeant de PME, la question centrale devient alors concrète : quels titres continuer à payer, lesquels céder, lesquels laisser tomber ? Un audit régulier du portefeuille permet de répondre à ces questions à partir de critères objectifs, en limitant à la fois les dépenses inutiles et le risque d’affaiblir la protection des innovations stratégiques. Les règles diffèrent sensiblement entre l’INPI, l’EUIPO, l’UKIPO et l’OEB, ce qui rend l’exercice particulièrement sensible depuis le BREXIT.

Réponse directe : Rationaliser un portefeuille de propriété industrielle à l’international suppose un audit périodique fondé sur trois axes : inventaire exhaustif des titres et de leurs coûts de maintien, analyse de leur pertinence au regard des marchés réellement servis, puis arbitrage entre conservation, cession et abandon. Les informations qui suivent ont une portée générale et ne remplacent pas l’avis d’un Conseil en Propriété Industrielle.

Qu’est-ce qu’un portefeuille de propriété industrielle international ?

Un portefeuille de propriété industrielle rassemble l’ensemble des titres détenus par une entreprise pour protéger ses innovations techniques, ses signes distinctifs et l’apparence de ses produits. Il comprend trois grandes familles : les brevets, qui protègent des inventions techniques, les marques, qui protègent des signes distinctifs, et les dessins et modèles, qui protègent l’apparence esthétique. Dès lors qu’une entreprise opère hors de son marché domestique, ces titres doivent être déposés ou étendus selon des mécanismes propres à chaque juridiction.

En pratique, trois niveaux de dépôt coexistent. Les dépôts nationaux passent par les offices locaux, par exemple l’INPI en France ou l’UKIPO au Royaume-Uni. Les dépôts à portée européenne s’appuient sur l’EUIPO pour les marques et dessins de l’Union européenne, et sur l’Office européen des brevets (OEB) pour le brevet européen, qui n’est pas un titre unitaire mais un faisceau de brevets nationaux validés dans les pays désignés. Enfin, les dépôts internationaux reposent sur les systèmes administrés par l’OMPI : le PCT pour les brevets et le système de Madrid pour les marques. Pour cadrer cette architecture, il est utile de s’appuyer sur un cabinet rompu à la gestion multi-juridictions comme , qui accompagne les PME dans la cartographie et l’arbitrage de leurs titres.

Chaque titre du portefeuille couvre une invention ou une marque sur des territoires précis.



Le BREXIT a profondément modifié la donne pour les titulaires français et européens. Selon les informations publiées sur le portail gouvernemental Brexit, les marques de l’Union européenne n’incluent plus le territoire britannique depuis le 1er janvier 2021, ce qui impose désormais un titre UKIPO distinct pour couvrir le Royaume-Uni. En revanche, les brevets européens délivrés par l’OEB restent valables outre-Manche sans démarche supplémentaire, le Royaume-Uni étant partie à la Convention sur le brevet européen indépendamment de l’Union européenne. Une PME française titulaire d’une marque UE qui penserait sa protection maintenue au Royaume-Uni post-BREXIT se retrouverait, à l’occasion d’un conflit, sans fondement opposable sur ce territoire.

Pourquoi auditer régulièrement son portefeuille de propriété industrielle ?

Un portefeuille non audité se dégrade silencieusement. Les annuités de brevet et les renouvellements de marque continuent d’être réglés par habitude, parfois pour des titres couvrant des pays où l’entreprise n’opère plus ou pour des technologies abandonnées. À l’échelle d’un portefeuille de plusieurs dizaines de titres répartis dans dix ou vingt juridictions, l’accumulation des taxes officielles et des honoraires de mandataires locaux représente un poste de dépense significatif, dont une part est régulièrement injustifiée.

Pourquoi un audit périodique s’impose

  • Identifier les titres sans valeur commerciale dont les annuités continuent d’être payées.
  • Repérer les échéances à risque et prévenir les déchéances pour oubli.
  • Vérifier l’alignement entre les pays couverts et les marchés réellement servis.
  • Préparer les arbitrages de conservation, cession ou abandon avec des critères objectifs.

Le risque de déchéance constitue un autre motif d’audit. Selon les juridictions, un titre peut être perdu pour défaut de paiement d’annuité, pour défaut d’usage sérieux d’une marque sur une période définie, ou à la suite d’une action en déchéance d’un tiers. Les règles diffèrent entre offices : il est indispensable de vérifier les délais applicables auprès de l’INPI, de l’EUIPO ou de l’UKIPO selon le titre concerné. Un oubli sur une annuité de brevet peut parfois être rattrapé par un paiement tardif avec surtaxe, mais les délais sont courts et les coûts sensibles.

Enfin, l’audit révèle souvent un décrochage entre le portefeuille et la stratégie commerciale. Un brevet maintenu depuis dix ans dans un pays où l’entreprise a cessé toute activité commerciale, sans licence active ni projet de retour, pèse chaque année sur le budget sans apporter de valeur défensive utile. Inversement, un nouveau marché prioritaire peut se trouver sous-protégé parce que les extensions n’ont jamais été réalisées.

Comment se déroule un audit de portefeuille à l’international ?

Un audit multi-juridictions suit généralement une séquence structurée. Selon une analyse publiée par La Jaune et la Rouge, l’audit d’un portefeuille de brevets inclut un état complet du statut légal des demandes en cours et des brevets délivrés, puis une vérification de la pertinence des titres au regard des projets de l’entreprise. La même logique vaut, avec des adaptations, pour les marques et les dessins et modèles.

Les étapes clés d’un audit multi-juridictions
  1. Inventaire exhaustif

    Lister chaque titre avec son numéro, son statut légal, les pays couverts, les prochaines échéances d’annuités ou de renouvellement et le coût prévisionnel de maintien sur 3 à 5 ans.

  2. Analyse de pertinence

    Croiser la couverture géographique de chaque titre avec les marchés actuels et prioritaires, les licences en vigueur et les risques identifiés de contrefaçon.

  3. Évaluation de la valeur stratégique

    Qualifier chaque titre : cœur de métier, défensif, dormant ou obsolète, en distinguant les familles de brevets protégeant un produit phare des titres isolés sans exploitation.

  4. Arbitrage en trois décisions

    Conserver et éventuellement renforcer, céder à un tiers intéressé pour générer une recette, ou abandonner en cessant de payer les annuités.

L’audit croise les échéances d’annuités, la couverture géographique et la valeur stratégique de chaque titre.



Une grille de décision simple aide à trancher. Elle croise deux dimensions : la valeur stratégique du titre (lien avec le cœur de métier, exploitation effective, dissuasion face aux concurrents) et le coût annuel de maintien dans chaque juridiction concernée. Les titres à forte valeur stratégique justifient d’être conservés même lorsqu’ils coûtent cher ; les titres à faible valeur et coût élevé constituent les premiers candidats à l’abandon ; les cas intermédiaires appellent une analyse plus fine, incluant la possibilité d’une cession.

Grille de décision : valeur stratégique et coût de maintien
Profil du titre Coût de maintien faible Coût de maintien élevé
Valeur stratégique forte Conserver et surveiller Conserver, renforcer la surveillance
Valeur stratégique faible Conserver par défaut, réévaluer Céder ou abandonner

Les coûts de maintien varient fortement selon les offices. Selon les tarifs INPI applicables au 2 juillet 2026, le renouvellement d’une marque pour une classe s’élève à barème officiel des redevances INPI 290 €, les deuxième et troisième annuités de brevet à 38 € en tarif normal, et tout paiement tardif entraîne une majoration de 50 % de la redevance due. Ces chiffres ne concernent que la France : il faut y ajouter les taxes et honoraires locaux dans chaque pays couvert.

Quelles actions mettre en œuvre après l’audit ?

L’audit n’a de valeur que par les décisions qu’il déclenche. Trois axes d’action se dégagent généralement : optimiser les renouvellements, renforcer les titres stratégiques et formaliser une politique de gestion durable du portefeuille.

L’optimisation des renouvellements passe d’abord par l’abandon ciblé des titres identifiés comme non stratégiques. Cesser de régler une annuité suffit généralement à provoquer la déchéance, mais les modalités précises de renonciation diffèrent selon les offices (INPI, EUIPO, UKIPO) et méritent d’être vérifiées avant toute décision irréversible, notamment pour éviter de perdre un titre dont la cession aurait pu être négociée. La mise en place d’un calendrier centralisé des échéances et le regroupement des paiements auprès d’un même intermédiaire limitent par ailleurs les surcoûts liés aux retards.

Un conseil en propriété industrielle aide à arbitrer les titres à conserver, céder ou abandonner.



Le renforcement des titres stratégiques constitue le second volet. Il peut passer par des extensions géographiques vers de nouveaux marchés prioritaires, par la mise en place d’une surveillance des dépôts concurrents auprès des offices concernés, ou par des actions anti-contrefaçon ciblées sur les territoires à risque. Pour un titre central, il est souvent cohérent d’investir ce qui a été économisé sur les abandons pour mieux défendre ce qui compte.

Vigilance avant tout abandon : une renonciation à un titre est en général irréversible. Vérifier l’absence de licences actives, de contentieux en cours ou de projets de redéploiement commercial avant d’arrêter le paiement d’une annuité, et solliciter un avis professionnel pour les titres de valeur incertaine.

Formaliser une politique de gestion de portefeuille documentée permet enfin d’inscrire l’audit dans la durée. Une revue annuelle, assise sur des critères de maintien explicites (exploitation effective, chiffre d’affaires associé, importance défensive, horizon de marché), évite que le portefeuille ne dérive à nouveau. Cette politique peut également prévoir les circuits de décision pour les cessions, les règles de dépôt de nouveaux titres et la fréquence des revues.

Faut-il faire appel à un conseil en propriété industrielle ?

La réponse dépend principalement de la taille et de la dispersion géographique du portefeuille. Un portefeuille concentré sur quelques titres français peut, à la rigueur, être suivi en interne par une personne formée. Dès lors que le portefeuille s’étend à plusieurs juridictions, qu’il mêle brevets, marques et dessins, et que les échéances se multiplient, l’expertise d’un Conseil en Propriété Industrielle (CPI) devient difficile à contourner, notamment pour sécuriser les décisions à effet irréversible.

Gestion interne ou recours à un CPI ?
  • Portefeuille limité, une seule juridiction, pas d’enjeu contentieux :

    Un suivi interne outillé peut suffire, avec vérification ponctuelle par un professionnel pour les décisions sensibles.

  • Plusieurs juridictions, titres mélangés, échéances fréquentes :

    Le recours à un CPI est généralement justifié pour l’audit initial, la gestion des annuités et la surveillance des échéances.

  • Enjeux de cession, de contentieux ou d’extension géographique :

    L’accompagnement d’un CPI, voire d’un avocat spécialisé, s’impose pour sécuriser les démarches et les actes.

Pour choisir un conseil, plusieurs critères comptent : la couverture internationale effective (via un réseau de correspondants locaux), les outils de gestion de portefeuille proposés, la transparence tarifaire sur les prestations récurrentes (annuités, renouvellements, surveillances) et l’expérience du cabinet sur des portefeuilles comparables au vôtre. Un entretien préalable permettant de comprendre le déroulement concret d’un audit aide souvent à juger de la méthode et de la pédagogie du cabinet.

Au-delà de la seule gestion du portefeuille, la rationalisation de la propriété industrielle participe d’une démarche plus large de maîtrise des risques juridiques. Renforcer la culture juridique des dirigeants de PME permet d’arbitrer plus sereinement entre économies à court terme et protection à long terme des actifs stratégiques.

Questions fréquentes sur l’audit de portefeuille de PI
Puis-je arrêter de renouveler certains titres sans risquer ma protection globale ?

Oui, à condition que les titres concernés ne couvrent pas des produits ou marchés actifs, qu’ils ne fassent pas l’objet de licences et qu’ils ne jouent pas de rôle défensif identifié. Un arbitrage éclairé repose sur l’inventaire préalable et sur l’avis d’un Conseil en Propriété Industrielle avant toute décision irréversible.

Comment savoir si une protection dans un pays est encore utile ?

En croisant trois éléments : le chiffre d’affaires réalisé ou prévu dans ce pays, l’existence de concurrents ou contrefacteurs identifiés sur le territoire, et le coût cumulé des annuités restantes sur la durée de vie du titre. Une protection coûteuse pour un pays sans activité ni risque identifié est en général candidate à l’abandon.

Faut-il céder ou abandonner les titres devenus non stratégiques ?

La cession est à privilégier lorsqu’un tiers (concurrent, partenaire, acteur d’un marché voisin) peut avoir un intérêt économique au titre. L’abandon pur et simple convient aux titres sans valeur résiduelle identifiable, pour lesquels toute démarche de cession coûterait plus que le produit espéré.

Un audit interne peut-il remplacer un audit mené par un professionnel ?

Un audit interne constitue une bonne première étape pour cartographier le portefeuille et préparer les arbitrages. Il reste rarement suffisant pour les décisions à effet irréversible ou pour les titres détenus hors de France, où les règles procédurales varient selon les offices concernés.

Rationaliser un portefeuille de propriété industrielle à l’international n’est pas un exercice ponctuel mais une discipline périodique. En combinant un inventaire rigoureux, des critères d’arbitrage explicites et une politique de gestion documentée, un dirigeant de PME peut réduire sensiblement ses coûts de maintien sans fragiliser la protection de ses innovations clés. Les informations présentées ici ont une portée générale et ne remplacent pas un avis personnalisé d’un Conseil en Propriété Industrielle, en particulier avant tout abandon, cession ou extension de titre.

Rédigé par Antoine Lemaire, rédige des contenus pédagogiques consacrés au droit de la propriété industrielle et à la gestion des actifs immatériels des entreprises.